image1760D’après de nombreux spécialistes, l’obésité sera assurément le fléau du 21ième siècle pour l’humanité. Ce nouveau phénomène a pris une telle ampleur que l’on parle maintenant de pandémie planétaire1. Malheureusement, une grande majorité de la population n’a pas changé ses habitudes alimentaires et le taux d’obésité infantile continue de monter dans tous les pays industrialisés.

La première cause de cette situation est la vie sédentaire « moderne ». En effet, les activités physiques au travail et à la maison ont été fortement réduites durant ces cinquante dernières années. Les jeunes passent maintenant la majorité du temps devant la télévision ou les jeux vidéo au lieu de sortir à l’extérieur… on arrive même à avoir 2 ou 3 télévisions par maison (salon, cuisine, chambres). Il est incroyable d’entendre les parents dire « on lui a mis une télé dans sa chambre pour être tranquille » et pour l’engraisser pourrait-on ajouter.

La seconde cause est la consommation de la malbouffe dont nous inonde l’industrie agroalimentaire. En effet, les familles passent maintenant plus de temps à décongeler des plats tout fait et les mettre dans le micro-onde plutôt que de cuisiner. La consommation de plats préparés dans les ménages ne cesse d’augmenter (5% par an) depuis les années 80 en France.2

Ces deux causes nous amènent à une situation très critique : le taux de surpoids et d’obésité infantile (5-6 ans) sont respectivement de 18% et 4% en France3. On est loin des 30% des États-Unis d’Amérique4 mais le phénomène s’accélère. Nous allons connaître la première génération d’enfants qui n’aura jamais vu ses parents en cuisine, aux É-U ce cap a été passé il y a 30 ans.

L’argument principal des parents est qu’ils n’ont pas le temps de cuisiner et qu’ils sont fatigués après le travail. Pourtant, ils ont le temps d’aller dans des centres d’achats pour consommer, de jouer aux jeux vidéos, de se rendre au Mc Dégeux avec leurs enfants, d’attendre 30 minutes affalés devant la télé que la pizza ou les mets chinois soient livrés.

Dans l’esprit collectif faire la cuisine est quelque chose de difficile et long. Or cela est faux, il est possible de préparer de bons repas santé en moins de 30 minutes. La cuisine doit être un lieu de partage, un lieu où la famille s’y retrouve pour accomplir une action commune. En effet, faire la cuisine c’est prendre du plaisir, jouer avec les sens, les couleurs et les goûts… En somme, c’est être créatif !!! N’avez-vous jamais vu le visage souriant d’un enfant lorsqu’on lui dit que l’on va aller faire un gâteau ensemble (un vrai pas juste mélanger du lait avec de la poudre) et sa fierté lorsque celui-ci est servi à table. Est-ce que cela ne mérite pas de retourner aux fourneaux ?

De plus, la qualité de la matière première est importante. En France (et dans une moindre mesure au Québec) vous avez la chance d’avoir encore beaucoup de petits agriculteurs qui élèvent et cultivent de façon traditionnelle (sans hormone, sans antibiotique, sans OGM). Il est possible d’aller sur les marchés et de trouver des produits qui ont du goût et un apport alimentaire supérieur incontestable (chose de plus en plus rare au Québec à part dans les marchés de l’île de Montréal et au vieux marché de Québec).

Au lieu de passer 2-3 heures dans les centres d’achats, au cinéma ou dans les bars, il serait plus judicieux d’aller une ou deux fois par mois chercher de la viande directement chez l’éleveur. Les prix sont moins chers et les aliments de meilleure qualité. Exemple québécois : 5$/kg pour de la charolaise (environ 20$ chez Métro), 6,5$/kg pour du porc (environ 10-12$) et 15$/kg pour de l’agneau (environ 30-35$). De surcroit, tous ces animaux ont vu la lumière du jour, sont allés brouter dans le champ et ont été élevés avec respect. Les relations avec l’agriculteur permettent de revenir aux sources et d’avoir un controle sur l’origine des aliments. Il y a 30 ou 40 ans cette question ne se posait pas… tous les citadins avaient de la famille à la campagne. De nos jours, une grande partie de la population citadine n’a jamais mis les pieds dans une ferme, mangé des œufs frais, du poulet avec la chaire qui colle aux os, etc.

Néanmoins, pour ce faire il faut acheter en grande quantité (1/4 de bœuf, 1/2 cochon et 1/2 agneau, soit respectivement 80kg, 40kg et 20 kg) et les conserver au congélateur (surtout au Québec). De plus, tous les morceaux sont présents ce qui demande de vouloir et savoir cuisiner des plats mijotés (la préparation n’est pas longue mais le temps de cuisson est forcément long) que l’on n’a plus l’habitude de faire mais qui sont si facile à conserver dans des pots massons pour les jours où le temps nous manque. Au final, on gagne de l’argent et du temps à aller chez l’exploitant local. En fait, cela va demander 4 ou 5 fin de semaine dans l’année… combien de fins de semaine passez-vous devant vos télévisions ? Mijoter un plat ne veut pas dire rester devant, une fois préparré on peut vaquer à d'autres occupations.

De plus, pour vous aider à sortir avec les enfants l’été vous pouvez aller dans les fermes pour cueillir vos fruits et légumes (fraises, mûres, cerises, pommes, tomates, etc.) et faire vos propres confitures ou sauces tomates. Vous verrez c’est excellent comme activité de plein air. La fabrication maison de tous ces produits vous feront économiser beaucoup d’argent et vous redonneront des produits sains et goûteux. Cela devrait vous prendre 2-3 fins de semaine entre mai et septembre.

En outre, les conditions de production industrielle sont totalement inacceptables. Des canards qui n’ont jamais vu d’eau, des bœufs qui n’ont jamais brouté d’herbes, des poulets qui n’ont jamais mangé de grains et couru dans une bassecour, etc. On a réduit l’animal de la ferme à un produit alors que ce sont des êtres vivants qui sont à la base de notre survie (et oui ce n’est pas votre console de jeux qui fera vivre les enfants)… on voit la pauvre petite famille qui engraisse son petit chien ou sont petit chat et qui s’insurge devant les tests sur des rats de laboratoire. Mais que fait-on de ces millions d’animaux qui sont traités de la sorte alors que les besoins de la population ne le réclament pas (on est en surproduction… et on préfère détruire les surplus plutôt que le donner aux personnes qui en ont besoin dans le monde… vive l’Europe et l’AMERIQUE, notre modèle, des marchés). L’homme doit réapprendre à respecter la nature pour se respecter lui-même !!! Redévelopper son sens du goût.

La cuisine et le contact avec la campagne doivent revenir au cœur de nos préoccupations. La façon dont on se nourrit ou que l’on nourrit nos enfants auront un impact réel sur notre vie et leur avenir (obésité = diabète, hypertension, arrêt cardiaque, etc.). Manger ne doit pas être vu comme une contrainte mais comme un plaisir, une activité familiale (arrêtons Mickey et Mc Dégeux) et une façon de partager. Le repas autour de la table tous les soirs sans télévision doit reprendre sa place. Vous allez voir on peut discuter et échanger lors des repas… raconter sa journée et développer ses idées sur pleins de sujets (écologie, politique, phénomènes de société, activités scolaires, histoires de quartier).

De plus, l’obésité et la malbouffe sont pire que la cigarette et l’alcool car ils attaquent toutes les strates de notre société (méthode industrielle de production, distribution, préparation, habitudes alimentaires, etc.). Une partie de la population, la moins bien nantie, n’a même plus accès à de la nourriture saine.

Finalement, lorsque vous achetez un plat tout fait gardez l’image suivante : l’Etats-unien Morgan Spurlock5 a laissé un Big Mac pendant un an dans un bureau et il n’y a pas eu de pourriture, d’odeur, de développement d’asticots… sauf la salade qui était desséchée !!! Pour une boulette de viande d’un burger, la viande provient de 60 bœufs différents et provenant de plusieurs états.

Références

[1] International Association for the Study of Obesity (IASO) Communiqué de presse, (17 mars 2003).
[2]La consommation alimentaire depuis 40 ans.
http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ip846.pdf
[3] http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/science_actualites/sitesactu/question_actu.php?id_article=4043&langue=fr
[4] Estimation de l’OCDE www.oecd.org/home/0,3305,fr_2649_201185_1_1_1_1_1,00.html
[5] Livre « Don’t Eat This Book – Fast food and the super size of America» publié en 2005 aux éditions G. P. Putman’s Sons.